|
|
|
jeudi 19 mai 2005, 7h48
A Andijan, les ambassadeurs n'ont vu que des roses et des soldats
ANDIJAN (AFP) - Des parterres de roses bien entretenus et des soldats lourdement armés, voilà ce qu'ont vu à Andijan les diplomates emmenés en visite guidée, mais ils n'ont rencontré presque aucun habitant de cette ville de l'est de l'Ouzbékistan où des violences ont fait de très nombreux morts.
Trente-six diplomates et 30 journalistes sont arrivés à bord d'un vol charter affrété par le gouvernement du président Islam Karimov qui cherche à convaincre l'opinion internationale que, contrairement à de nombreux témoignages, ses troupes n'ont ouvert le feu que sur les insurgés armés.
Sortant du petit aéroport d'Andijan, les ambassadeurs sont passés à côté de mitrailleuses installées sur des postes entourés de sacs de sable, puis dans les rues ornées de parterres de roses rouges, mais closes au trafic. "Pourquoi sont-ils armés jusqu'aux dents? Je suis nerveux, je ne me sens pas protégé", disait un ambassadeur européen en arrivant en face d'un poste de mitrailleuses devant la prison qui avait été prise d'assaut vendredi par les insurgés ayant volé des fusils pour libérer des centaines de détenus.
Dans un commissariat de police, les diplomates ont rencontré le père d'un des 32 fonctionnaires officiellement tués. Debout dans une longue robe, il tenait une photo de son fils, un colonel de la police. "Il a laissé deux enfants. Il était loyal à l'égard de son pays", dit le vieil homme, Toursounbai Roustamov. "Ils ont fait couler le sang de gens innocents", ajoute-t-il en parlant des insurgés. Pour les visiteurs étrangers, cette rencontre devait rester la seule d'un habitant ne faisant pas partie des officiels.
La promesse du ministre de l'Intérieur Zakir Almatov, d'entrer éventuellement dans l'école numéro 15 où des témoins ont déclaré avoir vu des centaines de corps n'a pas été suivie d'effet. De petits groupes de gens regardaient le convoi passer à toute vitesse depuis les trottoirs. Une jeune femme, un foulard sur la tête, se tenait les mains jointes, comme priant.
Finalement, les observateurs sont arrivés sur la place centrale, théâtre principal des événements. C'est là qu'un reporter de l'AFP avait vu vendredi des soldats juchés sur des camions militaires ouvrir le feu dans toutes les directions sur des milliers de manifestants. Il n'y avait plus aucune tache de sang, des ouvriers étaient en train de remettre les pavés à leur place et même le bâtiment abritant le bureau du gouverneur avait été remis en ordre, à l'exception du dernier étage détruit par le feu.
Ramenés à l'aéroport pour un déjeuner-buffet à peine deux heures après leur arrivée, certains diplomates ont montré des signes d'irritation. L'ambassadeur britannique David Moran, appuyé par d'autres, a interpellé un haut fonctionnaire ouzbek, lui demandant de lui permettre de rencontrer des habitants, peut-être de se rendre au bazar d'Andijan, lieu de violences passées. "J'ai été un peu surpris de me retrouver de retour à l'aéroport à 12H30 et j'espérais me promener un peu tout seul, mais ils m'ont invité à rebrousser chemin", a dit l'ambassadeur Moran à la presse.
L'ambassadeur américain Jon Purnell a exprimé un avis similaire dans un langage plus réservé. "Ce dont on a besoin ici, c'est d'un examen très strict de ce qui s'est passé et des causes de ces événements, et ensuite de chercher à garantir que cela ne se répétera pas", a dit M. Purnell en reprenant son fauteuil dans l'avions pour Tachkent. M. Karimov, qui dirige l'Ouzbékistan depuis l'époque soviétique, a affirmé que le bilan total était de 169 morts. Un parti d'opposition ouzbek non enregistré, qui a fait du porte-à-porte, évoque au moins 745 tués.
|
|
|